Samedi 6 juin 2009
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11:00
Le Lagopède Alpin, est un oiseau très particulier.
C'est une relique de l'ère glacière qui retrouve, en haute montagne, les conditions favorables à sa survie.
On ne connait finalement que peu de chose sur cet oiseau, si ce n'est que ses densités de populations sont en constante régressions.
Les causes connues de cette régression sont : un indice de reproduction souvent faible, une forte prédation, un dérangement excessif, une modification du milieu par les activités
humaines, et bien évidemment le réchauffement climatique.
Je suis en poste depuis environ 04H00 du matin, sur une crête exposée nord-est, à environ 2500 mètres d'altitude.
Il fait nuit noire, le froid et le vent m'engourdissent.
Tout à coup, je sursotte, un coq lance son cri si caractéristique, il doit être seulement à une dizaine de mètres de moi. Il est 5h et l'obscurité m'empêche de le voir. La journée s'annonce
prométeuse.
Le soleil se lève enfin et malgré la température, cette vision m'emplit de chaleur.
Dans ces moments là, je ne regrette pas tous mes efforts, ils sont payés au centuple.

Il est environ 06h30, je n'ai entendu que deux oiseaux.
Avec les lagopedes, il n'y a aucune règle. On ne peut jamais prévoir s'ils sont actifs ou pas.
Néanmoins, de multiples indices de présence sur mon poste, me confirment, que ce secteur est assez frequenté.

Les premiers rayons de soleil jouent avec le relief et la neige, créant des couleurs
incroyables.

En fin de matinée, un coq chante. Il est très loin, mais avec les jumelles j'arrive
à le suivre.
Après plusieurs postures au sol, il va même s'envoler, et se laisser retomber en papillonant.
Il essaie d'attirer l'attention des femelles, mais la saison est bien avancée, nous sommes début juin.
A cette époque, la plupart des femelles sont plus intéressées par la préparation de leur maternité que par les choses de l'amour.

Un autre coq, tout aussi loin, apparait en crête puis s'envole à son
tour.

Alors que la matinée se termine et que je suis sur le chemin du retour, je distingue
entre deux roches un autre oiseau.
Il m'a vu, mais faisant confiance a son mimétisme, reste là immobile.
Le fait d'être seulement à quelques mètres de lui me fait réaliser combien ces oiseaux sont vulnérables.
Dire que les femelles pondront leurs oeufs à même le sol, à la merci des prédateurs, du piétinement de nonbreuses brebis en estives et des milliers de randonneurs qui, pour certains,
mals informés profitent des beaux jours pour faire divaguer leur chien, ne me rassure pas !
Je me déporte sur la gauche, je ne veux pas avancer plus, car cette distance de securité semble lui convenir.
Provoquer son envol, ne servirait à rien, et cela lui crérait un stress bien inutile.
Je prends une dernière photo avant de poursuivre mon chemin.
Voila une matinée au pays d'en-haut.
Le retour à la civilisation s'annonce bien difficile.
Je sais que pendant quelques jours, en me levant le matin, mes pensées iront là-haut, parmi les rochers, les fleurs boréales, et la neige.
Mais j'ai des images plein la tête et même si j'ai le regret de ne plus y être, je revivrai ces instants au travers de futures oeuvres.
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